Captains Of Cycling

In the Picture: Les Lotto Soudal Ladies

11/07/2019

Les coureuses Lotto Soudal font parfois la une : dernièrement Lotte Kopecky affichait fièrement sa médaille d’or de championne de Belgique du contre-la-montre. La popularité du cyclisme féminin reprend des couleurs depuis un petit temps déjà. Et cela est uniquement dû aux prestations et à l’abnégation de nos coureuses. Une fille à vélo ? Cela n’a plus rien d'exceptionnel ! Cependant, malgré un intérêt grandissant, ce petit monde de l’élite féminine reste trop peu connu. Comment cela se fait-il ?

 

Les coureuses (de cyclocross) du calibre de Sanne Cant, Chantal Blaak, Anna van der Breggen, Marianne Vos et Annemiek van Vleuten font grandir le cyclisme féminin. Ces talentueuses coureuses enchaînent les succès. Il faudra désormais compter avec nos dames, que ça soit en cyclo, sur piste ou sur route. Et le talent est loin de manquer ! Cela n’a cependant pas toujours été le cas. Le peloton féminin vient de loin. Marijn de Vries décrit le cyclisme féminin d'il y a quelques années en ces termes : « Quand j’ai commencé, c’était considéré comme un sport pour les femmes aux grosses fesses.  On ne s'y intéressait que très peu. Dans les médias, le résumé des Championnats des Pays-Bas chez les femmes durait une minute et demie »,

 

Aujourd’hui, en 2019, cela a bien changé. Les femmes subliment la course. Elles doivent tout d’abord prouver ce qu’elles valent pour que suivent les sponsors et la publicité. De plus en plus de courses mythiques, dont la Strade Bianche, le Tour des Flandres, LBL et le Giro (qui se déroule d’ailleurs en ce moment), lancent des éditions féminines. En outre, les courses féminines sont de plus en plus souvent retransmises sur petit écran, bien que cela reste assez limité. Il existe néanmoins suffisamment de moyens pour diffuser les courses en simultané, comme l’écran partagé. « C’est souvent une question de volonté plutôt que de faisabilité », ajoute Marijn de Vries. Lors de l’édition 2018 de l’Amstel Gold Race, un peu plus d’un demi­million de téléspectateurs ont assisté à la victoire de Chantal Blaak. La demande est donc forte !

 

Le cyclocross a désormais pour habitude de diffuser les courses féminines avant celles des hommes. Et les audiences hebdomadaires sont bonnes, dans l’attente d'une même formule pour les classiques printanières. « En cyclocross, les hommes et les femmes ne roulent pas au même moment », avance Luc Van Langehove, rédacteur en chef Sport à la VRT. « Cela nous facilite donc énormément la tâche en termes de diffusion. C’est également plus clair pour le téléspectateur. Sur route, ce n’est pas si simple. Les courses sont plus longues, et nous devons déployer des moyens supplémentaires afin de ne rien rater. Les frais sont donc plus élevés. » Pour Lieselot Decroix, ancienne coureuse, entre autres chez les Lotto-Belisol Ladies, ce sont des balivernes. « Si ASO le veut vraiment, c’est possible. Est-ce leur volonté ? La Course s’organise en une course d’un jour, alors que les hommes sont sur le pont pendant trois semaines avec le Tour de France.

 

L’année dernière, après cette course d’un jour, Anna van der Breggen a pris la tête, aux points, de l’UCI World Ranking. Il est un fait que nos coureuses belges doivent faire avec la rude concurrence de leurs voisines du nord. Les Pays-Bas font partie du top mondial du cyclisme féminin. Des championnes à la douzaine. Marijn de Vries : « En Belgique, le cyclisme est davantage une tradition, il appartient au patrimoine. Il y est donc quelque peu plus traditionnel et plus conservateur. Culturellement, ces traditions sont sympathiques, mais elles freinent le développement du cyclisme féminin. Dans les pays où cette tradition est moins présente, comme aux Pays-Bas, les gens ont compris plus vite que le cyclisme féminin était un sport passionnant ».

Et c'est peu de dire que les femmes doivent montrer de quoi elles sont capables. Marijn de Vries revient également sur ses débuts. « Mes folles intentions ne ravissaient pas tout le monde. La plupart des gens trouvaient qu’à trente ans, il fallait avoir une vie soi-disant normale, comme tout le monde : métro, boulot, dodo. Et je suis arrivée : une journaliste de trente ans avec son vélo de course. Et je m’en suis très bien sortie. J’ai combiné course et travail pendant un moment. Bien entendu, les réactions ont fusé. Si je faisais partie des pros, que pouvait bien représenter le cyclisme féminin ? Par contre, l’inverse est vrai également. Le cyclisme est un sport d’endurance, et les femmes percent plus tard que les hommes dans ces sports. »

Le cyclisme féminin est doucement en train de faire son trou dans la discipline. Il existe d’ailleurs des courses réservées aux femmes, telles que le BeNe Ladies Tour, dont il n’y a pas d’équivalent chez les hommes. Le Women’s WorldTour consiste aujourd’hui en quinze courses d’un jour et huit courses par étapes. Un solide programme, donc ! À tous ceux qui pensent que les femmes ne connaissent rien au cyclisme et que leurs exploits sont bien moins intéressants que ceux des hommes : visionnez cette interview de la Danoise Cecilie Uttrup Ludwig. Elle décrit avec passion le final du Tour des Flandres. À ne pas manquer !

Photo: Photonews

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